
Les Synoptiques, depuis quelques semaines, ont la douleur de voir que la rupture sociale attendue a eu lieu. Nous pensons, pour preuves, aux deux discours de répression prononcés par le président de la république cet été. Le premier, à cause d’un fait-divers, en une analogie et par une généralisation douteuses, annonçait l’évacuation de tous les « gens du voyage ». Le second prévenait désormais que tous les « français d’origine étrangère » auraient à prendre garde de leur comportement: être français est révocable pour ces gens-là. L’expression était un coup de tonnerre tant son ambiguïté était révélatrice de la stratégie menée par cet homme.
Nous nous sommes donc rendus dans le cabinet de Freud, il y a deux jours, afin qu’il nous éclaira sur cette situation.
L’homme était assis sur son bureau, le cigare à la main et accepta de répondre volontiers à nos questions car cela faisait longtemps qu’on ne lui avait pas demandé son avis, a-t-il souligné.
Voici pour vous l’entretien inédit:
Les Synoptiques:
« Dites-nous monsieur Freud? Dites-nous pourquoi il semble que quelque chose s’emballe dans l’égarement de notre jouissance? Que ce n’est pas joyeux. En effet, ces derniers temps, en France, ça bascule dans le morbide. Et, on voudrait comprendre? On voudrait de vos lumières? Je m’explique: depuis peu, dans ce pays, nous avions certes pris l’habitude que n’importe quel fait-divers apportent son lot régulier d’indignations mielleuses et, leur corollaire direct, une réponse par la loi. Beaucoup en jouissaient mais nul n’ était dupe. Seulement, cela va loin, trop loin. En effet, après un fait divers qui s’est déroulé pas loin de Blois et ne concernant que quelques personnes, il a été décrété, selon je ne sais quelle analogie, que tous les gens du voyage auraient à quitter le territoire. Depuis, nous observons d’autres analogies menaçantes à propos de gens stigmatisés »d’origine étrangère ».
Donc, voila notre question, Monsieur Freud: par quel procédé psychologique passe-t-on? Comment, à partir d’un détail, que l’on considère appartenir, bizarrement, à un groupe spécifique en arrive-t-on à justifier du rejet du groupe en entier sans remord, sans que cela ne rappelle jamais les valeurs de notre tradition humaniste? Par quel oubli? Par quel refoulement tant de satisfaction est-elle possible?, Éclairez-nous. »
Freud:
« Vous savez, si l’on s’enfonce un peu, on apprend que cette satisfaction qui n’est pas soumise à la censure reçoit un supplément d’apport d’une source qui doit redouter la censure, et dont l’affect susciterait assurément la contradiction, s’il ne se trouvait une couverture dans l’affect de satisfaction de même nature et volontiers admis, tiré de la source autorisée, s’il ne se faufilait en quelque sorte derrière lui. »
Les Synoptiques:
« Cela semble un peu obscure. Voulez-vous dire que l’on tire d’autant plus raison d’être haineux, voire que la haine est redoublée, car ce seul détail du fait divers donne enfin une occasion de la laisser s’exprimer. Que la haine se sent d’autant plus justifiée, qu’elle tire une force redoublée du fait même qu’elle s’était tenue tranquille et que nous la réprimions jusque-là? c’est paradoxal!Pourriez-vous être plus précis? »
Freud:
« Je prendrai un exemple dans une autre sphère qui fera comprendre ce que je veux dire.
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