LES SYNOPTIQUES

ON A BEAU DONNER A MANGER AU LOUP, TOUJOURS IL REGARDE DU CÔTE DE LA FORÊT (Tourgueniev)

Archive pour novembre, 2009

SOCIOLOGIE

Posté : 26 novembre, 2009 @ 11:50 dans Entextes, Sciences poétiques | Pas de commentaires »

20071203montadasinside.jpg Antoni Muntadas L’applaudissement 1999

Je me nomme l’anti-sociologie
Et pour cause je suis votre âme sœur 
Je flatte l’entière cosmologie
On me connait je suis l’applaudisseur 

Partout je flatte et partout on me voit 
L’ersatz des sondages j’ai pour moi la force
Je peux applaudir crier toute ma voix 
Car de l’opinion je suis l’amorce 

J’applaudis  le débat à bâtons rompus 
Pour un oui ou pour un non qui peut me croire
Pour le sensible et pour l’intelligible 
Beau je me sens toujours beau en ce miroir 

Ô je ris de votre science objective
Je suis partout je n’ai nulle logique 
Je ne suis pas une femme lascive
J’anime l’atmosphère idéologique 

Le 18 novembre 2009 

Château de Tours VS Musée des Beaux-Arts de Tours ou l’art de déjouer le paradigme petit-bourgeois

Posté : 26 novembre, 2009 @ 11:17 dans De l'Art, Entextes | Pas de commentaires »

Il y a peu, se tenait au château de Tours une exposition intitulée « Le visage des mots’, si je me souviens bien. Un proche m’accompagnait et nous pouvions apprécier les photographies, portraits de nos chers écrivains actuels. Ce jour-là,  sans doute parce qu’il n’y avait presque personne, un surveillant zélé nous gâchait notre promenade. Méfiant, il nous suivait pas à pas. Quand il y a du monde, la surveillance se fait d’elle-même. En l’occurrence, il ignorait l’art des synoptiques. 

Puis, quand devant un portrait, je lançais une  appréciation purement subjective du genre « Il n’est pas beau celui-là », le surveillant qui apparemment surveille aussi les choses dites, ricana dans sa barbe. Evidemment, une fois la petite sensation de honte passée, je me suis souvenu qu’une exposition est souvent une pratique petite bourgeoise qui  oblige à une constipation verbale. 

Mais cela n’est pas insurmontable. Cependant, Je suis rarement victime de cette honte de classe quand je vais au musée de Tours. Je crois pouvoir expliquer cela par un paradoxe notable.  En effet, le château de Tours propose des expositions systématiquement gratuites alors que le musée de Tours est payant. Au château de Tours « ça n’a pas de prix » tandis qu’au musée de Tours la somme demandée est somme toute modique. Voila la différence. Cette petite somme demandée, ce petit rien du tout, ce trois francs six sous, déjoue le paradigme d’une pratique bourgeoise et élitiste. 

Là-bas, la surveillance est discrète, on vous aime bien. On vous regarde avec un peu de honte d’avoir à vous surveiller. On n’abuse pas de votre confiance. On est dans un certain cela va de soi alors qu’à l’inverse au château les injonctions s’affichent : interdit de toucher, interdit de photographier. En ce sens, les gagnantes à ce jeu resteront nos églises et autres cathédrales qui elles témoignent encore d’une époque où l’œuvre d’art vivait parmi nous et pour nous. 

Et c’est parce que je peux considérer que l’art parfois  vaut une boutade que je ne laisserai pas l’occasion au Petit-Bourgeois d’agréer, à travers moi, son fantasme inconscient que l’art ne vaut absolument rien.

L’AUTRE J.B.

Posté : 25 novembre, 2009 @ 10:58 dans Art Poétique | Pas de commentaires »

Un littéraire, un militant de gauche cependant nuancé. Un site qui s’assume de gauche et prônant un certain nombre de valeurs inatendues et inentendues:

 http://jbernhy.unblog.fr/

Poème volé

Posté : 25 novembre, 2009 @ 9:31 dans Entextes, Poésies de l'automne | Pas de commentaires »

Gerrit van Honthorst (1590-1659) voleurGerrit van Honthorst (1590-1659)

« C’est  un vol »

Ma maladresse j’ai perdu mon poème
Je suis sûr il était là non-écrit
Il est surement volé je suis blême
Page blanche je suis un vague cri 

Comment vous le décrire comment vous dire ?
Il  n’était pas lu il n’était pas écrit
Que faire et quelle âme dois-je maudire ?
Me voler mon poème ma vie mon cri 

Je ne me souviens guère maintenant
Du mal de l’abandon il était l’Ecrit
Et fort bien ficelé oui franchement
Du malheur il décrivait le simple cri 

Déposer plainte oui c’est fort possible
Des vers si beaux si bien non-écrits
Je ne puis rester acteur impassible
Quand ailleurs quelqu’un pousse mon propre cri 

4 octobre 2009 

Gerrit van Honthorst (1590-1659) peintre flamand, nous a laissé une autre scène dentaire. Cette peinture est conservée au Musée du Louvre à Paris. 

 

Il y a là quatre spectateurs, dont un voleur. A ce propos il faut rappeler que la présence de ce voleur, relativement fréquente dans ce genre de scène pourrait avoir une valeur symbolique, comme la présence du singe. Tous les deux sont des malins et des voleurs : c’est une manière d’avertir la foule de se méfier du charlatan, lui-même malin et voleur. Ici il y a un autre symbole de ce type : le faux diplôme avec ses sceaux. Attention ne vous laissez pas séduire par les apparences. 

« SCIENCES »

Posté : 25 novembre, 2009 @ 7:47 dans Art Poétique, Entextes | Pas de commentaires »

rive du Cher

« Au syndrome de Stockholm »

 

Que poétisez c’est créer des concepts

Un genre de mots affublés de diplômes

Que soutiennent de nombreux axiomes

Elu de nature je suis adepte

 

Et plus profond et plus soluble dans l’air

Ils portent trace des plus grandes recherches

Du savoir indiquent la plus haute perche

Pour vous poètes qui souvent désespèrent

 

Goutez les termes qui n’ont qu’un seul sens

L’abstraction n’est que la méconnaissance

Traversez la stèle des temples modernes

 

La science la science en avant

L’ancienne poésie nous baliverne

Désormais créons des concepts en chantant

 

 

Le psychanalyste: figure de l’engagement « averti » dans l’oeuvre de J.-B. Pontalis par Gharib Kadri (Docteur es Lettres)

Posté : 25 novembre, 2009 @ 4:57 dans Entextes, Psychanalyse et politique | Pas de commentaires »

PontalisPontalis

 (Version publication)             

 Conférence proposée le 7 juillet au Prieuré Saint-Cosmes, demeure de Ronsard, à La Riche près de Tours.  

« Un engagement averti », voila une expression qui doit être explicitée. En effet, il est paradoxal de chercher un objet classique d’engagement chez Jean-Bertrand Pontalis. L’ancien élève de Sartre n’est pas prompt à se faire le chantre d’une cause politique aliénante, voire tyrannique (pour être au plus proche de son lexique). Chez Pontalis : aucune propension à la militance. En fait, on ne trouvera pas, chez lui, un objet d’engagement mais un espace et un temps d’engagement.

Un espace, qu’est-ce à dire ?  Pontalis élabore une écriture censée dire un lieu intermédiaire. Un espace en marge. Il applique à la lettre le message freudien: « être asocial » a-t-il rappelé quand je l’interrogeai sur cette question, à Tours. Pourquoi ? Parce que dans l’« a-socialisme » qui est, en fait, une autre façon de parler de la « neutralité bienveillante », on trouve un moyen de ne pas céder à ce qui fait le jeu d’une névrose : répondre par la culpabilisation ou, plus grave, répondre en feignant de posséder un savoir total, une science exacte sur « les faits de la vie »,  une  « langue- prison » comme il l’écrit dans le recueil En Marge des Jours. On assiste là à un« engagement neutre », ou, comme le disait Barthes, « un désir de neutre »[1]

.

 Une langue qui se constitue toujours comme pleine, contrairement à la langue qui bégaye, est plutôt du côté de l’hégémonie. Alors,  l’« engagement averti » chez Pontalis, se caractérisera par une conscience vive des dangers inhérents à la langue autant qu’à la théorie.

Mais, à quoi se mesure cette parole qui s’assume comme balbutiante ? Cette fois-ci pas seulement à l’espace mais au temps, au temps de l’infans, moment où la parole n’a pas encore émergée. Ainsi se confronte-t-elle à l’étranger, à l’étrangeté plus précisément.  Et, pour souligner la tension qu’il y a de toucher un espace et un temps sans parole à l’écrit, il signe un de ses ouvrages : infans scriptor.


[1] Barthes Roland.  Le Neutre, cours et séminaires au Collège de France (1977 – 1978), Paris, coédition Seuil / Imec, 2002

(Lire la suite…)